(Il faudra mettre des enfants sur les manèges)

Nous n’avons aucune image des trois premières années. Ce temps est un trou noir. Ou plutôt un réservoir de mémoire, un observatoire étoilé. Toute image pourra exister. Comme la fabrication de notre deuxième enfance. Nous pourrons y apercevoir un rapport au deuil mais aussi cette mise à distance que nous impose la peinture. Les images au réveil se dévêtissent de leurs corps. Elles sont empreintes de la nuit, des rêves, du bleu infusé. Nous sommes face à des peintures qui tentent de faire image mais qui n’y arrivent pas toujours, pas totalement. Il y a le temps que met l’oeil pour voir dans cette chambre noire. La matière est diluée, liquide, elle parle de différents états. (Édulcoré définition : rendre plus doux, mettre du jaune au canard). Dans cette enfance à demi effacée, les images deviennent flottantes, stoppées dans leur développement de photographies. Il nous reste à voir les petites lumières restantes, celles qui appartiennent aux enfants quand les images s’assombrissent. Si nous ratons le jour, nous rattraperons la nuit.

Galerie du Tableau, mars 2018

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(September 2016)

I work on memories. Those that keep coming back.
I use some documents (photographic archives, family albums, websites) which are materials at the point of vanishing. At what point does an image become an archive? At which moment does it no longer represent a daily event?

With these tools, the work can begin. First by drawing on a daily basis (notebooks, diary...) and then I paint as a witness of a thought being archived "I consider painting as way of questionning our relationship to oblivion. The layers are added one after the other in a covering process. "
We will see a link with childhood, the age where fiction is close to reality. The place where ghosts live.

Im influenced by literature. Marguerite Duras gets closer and closer to the sea every day. And Claude Simon takes part of this journey too.

Je travaille sur la mémoire. Celle qui revient sans cesse.
A travers certains documents (archives photographiques, albums de famille, sites internet ) je m’interroge sur le statut des images. Leurs rapports particulier au temps. A quel moment une image s’archive ? A quel moment elle n’est plus d’actualité ? Cela constitue une matière, au bord de l’effacement et sur le point de disparaître.

Avec ces outils, une pratique s’engage. D’abord celle du dessin, chronique (carnets de recherches et d’écritures) puis celle de la peinture, comme le témoignage d’une pensée qui s’archive. Je considère la peinture comme une manière d’interroger notre rapport à la disparition. Les couches s’ajoutent les unes après les autres dans un processus de recouvrement. Nous y verrons peut être un rapport à l'enfance, ce lieu imprécis ou les souvenirs côtoie la fiction. C'est ici que les fantômes habitent.

La littérature me nourrit également. Marguerite Duras se rapproche chaque jour un peu plus de la mer. Et Claude Simon aussi fait partie du voyage.


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